Cyndi Sherman - Working GirlLes chateaux de cartes s'érigent et s'écroulent, je suis ce clown désarticulé et cassé qui se dresse devant vous, les sourcils en accent circonflexe, la bouche tordue et le faussettes creusées et je suis ce clown au nez rouge tordu qui vous raconte un bout de moi un bout de vous un bout de tout ce qui tombe se détruit s'enfuit ; et mes yeux fixent les votres qui m'avalent m'avalent de leur curiosité la fin comment cette histoire va donc t-elle se terminer cette sincérité était elle jouée cette anecdote était elle vraie et je suis ce clown désarticulé qui se dresse devant vous, les bras ballants les yeux grands ouverts, ouverts fixant sans vous voir l'horizon qui se profile bien au dela du tableau vert blanchi des murs salis des batiments défraichis tout se mélange ma voix se tord ma bouche aussi je vous perds, vite planter mes yeux dans une paire bleue n'importe laquelle vous raccrocher à moi reprendre cette consistance sortir ces mots brulants qui se tortillent dans mon corps ma gorge se tortillent et s'extirpent avec soulagement pour dégouliner dans une cascade salée de larmes et de salive et tout se met à tourner pourquoi vous ai-je raconté ça vous me regardez comme si vous alliez me manger et vos yeux m'avalent vos bouchent s'ouvrent de désarroi d'incompréhension je me sens nue nue sous le feu brulant de vos regards comme si je n'étais qu'une immense poupée ouverte au grand jour comme si tout ce que vous pensiez rebondissait sur moi déchirant le fragile voile de mon sourire ; mais vous n'étiez pas dupes je marche de long en large je gesticule on entend presque mes mots s'entrechoquer ils se bousculent encore le long de mes lèvres par où commencer par quoi débuter comment aborder cette vérité sans tomber dans le faux l'affreux le jeux et maladroitement en marchant de long en large je construis une fois de plus un chateau de cartes balloté au gré de mes révélations d'une toute petite voix une toute petite voix qui se veut assurée rassurée je me remémore le gout du dernier café de la dernière cigarette les paupières se ferment et la pression retombe tous les mots sont sortis tous les mots se sont enfuis et vous les avez entendus vous les avez pris et je me redresse je ne suis plus ce clown désarticulé et cassé qui se dresse devant vous les sourcils en accent circonflexe la bouche tordue et les faussettes creusées le nez rouge tordu tombe à terre rebondit et nous sort de cette étrange léthargie je me désangonce de ce corps je me redresse les bras ballants encore un peu assomée c'était difficile c'était éprouvant pourquoi me regardez vous encore et je vais m'assoir ranger mes cartes envolées de nouveau je ne suis plus que cette petite fille triste et un peu en colère la naïveté débordant de ses grands yeux je m'assois sur un coin blanchi de craie et j'attends j'attends que le temps file passe défile et puis tout se termine les paupières se ferment on ressort la fumée de la cigarette emporte avec elle les idées noires et ne laisse plus que les grises un nouveau chateau se profile à l'horzon j'entends déja le vent souffler sur lui et tout détruire ; croire c'est être ce clown triste qui joue au plus fort et prendre le temps

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