dimanche 14 février 2010

Chronique d'une naïveté annoncée (VI)

"Montre moi une fille qui a les pieds sur terre je te montrerai une fille qui ne peut pas mettre son pantalon".




On ne tue pas son héros petite un héros est immortel immuable imbuvable même noyé dans des litres de vodka dégoulinante et dégueulasse un héros reste un héros et même si le manège continue de tourner la musique de jouer les jours d'avancer un héros reste un héros
La ritournelle du fantasme relique d'un temps passé un temps suspendu un temps qui n'est plus et ne sera plus jamais on conjugue à tous les temps les jamais et les toujours les mots bannis les mots trahis la ritournelle fredonne entonne sonne cette chanson que l'on ne veut plus que l'on ne peut plus entendre c'est un bel anniversaire un an de plus un an qui s'en va un an qui s'enfuit un anniversaire comme les autres comme si rien n'avait changé comme si tout était pareil et pourtant les paramètres sont tous différents désormais rien ne ressemble plus à rien et surtout pas nous dolce vita comme si la vie adoucissait les moeurs un héros ne s'adule plus mais un héros ne se déteste pas non plus il s'évapore petit à petit pour ne jamais disparaître vraiment et allumant toutes ses cigarettes qui petit à petit consumment les ailes en papier froissées les ailes collées à la cire brûlante sur une peau nue et meutrie la cire qui fond fond doucement jusqu'a disparaitre les ailes sans elle faire son deuil doucement tendrement arrière gout amer tout est parti en fumée comme la flamme éteinte entre deux doigts tremblants la musique résonne encore on s'accroche aux restes de rêves éparpillés on reconstruit les illusions sans espérance avec dépit dépit divin des envies déçues déchues et le fil s'étend encore s'étend encore et encore jusqu'ou les battements affolés de mon coeur se souviennent sans dire on ne peut mettre de mots là dessus les mots sonnent faux comme tout l'artificiel l'artifice les rires les sourires les masques mais l'élastique se romp au beau milieu de cette danse effrennée sans queue ni tête et les larmes coulent sur les joues rouges et tout tourne la vodka coule noie nage et le coeur cogne et le souffle court le souffle court s'affaiblit peu à peu pour redevenir néant trou noir du lendemain je rêve que demain n'est rien ce n'est plus hier suspendue entre deux temps le ciel bleu épouse nos mains épouse nos de(ux)mains aujourd'hui se termine enfin

lundi 8 février 2010

Nonchalance d'un héros évaporé / Quitte à perdre la tete





Prenons le large, allons danser les valses à trois temps où vous voulez mais loin d'ici, bien loin d'ici


Et regardes tu défiler ta silhouette, marcher les gens, vivre les animaux, écoutes tu le bruit de la pluie qui tombe, les premières notes qui sortent d'un piano, passes tu ta langue sur tes lèvres quand tu te concentres, fronces tu les sourcils en repensant à ce qui t'a contrarié, essuies tu la mousse de la bière au coin de ta bouche, aspires tu la fumée de cigarette en fermant les yeux comme si chaque bouffée était la dernière, penses tu à tout ce que passe, file et nous dépasse, joues tu de la guitare debout sur ton lit, perdu dans la musique, dans un moment de folie, aimes tu le bruit d'un carré de sucre que l'on croque, l'odeur d'une nuque, le parfum d'une écharpe, te retournes tu intrigué par une silhouette, une allure, une démarche, te coupes tu du monde, un instant juste pour oublier que tu es la, que tu es toi et que ce n'est pas autrement, imagines tu que ta vie n'est plus rien pour l'aimer encore plus les yeux rouverts, chantes tu les chansons apprises sur le bout de tes doigts fort encore plus fort pour ne plus entendre battre ton coeur, regardes tu les nuages au lieu d'affronter les yeux qui te suivent te mangent t'aspirent, entends tu les cris silencieux qui te rammènent au port, bien loin de ceux que tu fuyais, aimes tu encore ce qui était mais n'est plus, crois tu ne serait-ce qu'un tout petit peu encore à la chance


Et les questions restent vaines sans réponses bouteilles dérisoires jettées à la mer folle et fugace qui les aspire les dévore les dégueule au milieu des vagues des remous des quatre vents et plus rien ne compte non plus rien ni le passé ni le futur tu te noies dans ce présent artificiel destructeur, l'alcool te donne les ailes que je me fabrique en papier l'alcool salvateur vicieux en vert en bleu en milles couleurs kaléidoscopales qui se mélangent t'offrant enfin le monde tel que tu l'aimes flou et sans limites flou et sans repère pour redevenir un enfant un enfant perdu et abandonné au milieu d'un monde cruel qui parle de bonheur sans ce soucier de celui des autres et la musique résonne fort tellement fort et les battements affolés de ton coeur sont enfin aspirés par cette vague aphone qui emporte tout emporte tout sur son passage les mots les espoirs les douleurs et tout ce qui ne peut plus jamais se dire un héros reste un héros que veux tu mon présent et le tien se mêlent sans jamais se croiser on vit ensemble sans jamais se rencontrer on est un mais on est deux on est petits mais ces douleurs font qu'on est devenus grands et cette mélancolie se tortille me titille encore encore et encore vois tu je ne me souviens plus ce soleil la couleur du ciel le gout de la mer le gout amer je l'ai gardé profondément comme si c'était la seule trace que tout a un jour été vécu tout se ressemble mais est tellement différent tellement peu convaincant tellement pas ce qui doit être insensé insensible je n'arrive pas à l'être mes ailes en papier froissé se décollent et finiront par s'arracher alors j'irais danser mes valses à trois temps six pieds sous terre pour ne plus regretter chercher mes jardins d'hiver loin très loin et surtout très haut pour rendre la chute incertaine iréelle mes yeux n'iront plus courir le ciel dans cette quête perdue d'avance la route est bien longue bien douloureuse mais je n'ai pas fini de marcher tu vois ?